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Notes on video lecture:
Pourquoi un peuple si joyeux a-t-il inventé la tragédie ?
Choose from these words to fill the blanks below:
vitalité, renouveau, satyre, plaisir, organisme, excès, étymologie, mentalité, drame, bouc, Mineure, Naissance, vie, destruction, matière, guerres, psychologie, injustice, déclin, joyeux, souffrance, Zarathoustra, vigueur, fati, réciprocité, renouveau
la                    de la tragédie se compose de 3 parties
la première partie
Nietzsche développe son hypothèse sur l'origine de la tragédie
la seconde partie
il expose ses idées sur le                            du genre tragique
la troisième partie
il fait le parallèle entre la tragédie grecque et le            musical de Wagner
exprime ses espoirs d'un                    de la culture allemande
pourquoi un peuple aussi              que le peuple grec a-t-il inventé le genre tragique
c'est là un paradoxe que Nietzsche veut élucider
cette question de savoir si son besoin toujours plus fort de beauté, de fêtes, de réjouissances, de nouveaux cultes n'a pas au fond son origine dans le manque, la privation, la mélancolie, la                     
les premiers Hellènes portaient vers le pessimisme, le mythe tragique, la peinture de tout ce qu'il y a de terreur, de cruauté, de mystère, de néant, de fatalité au fond des choses de la       
les Grecs classiques, pour supporter la dureté et la cruauté des               , ont institué de nombreuses réjouissances publiques : des jeux, des fêtes qui ont lieu toute l'année
les Grecs archaïques ont inventé la tragédie non pas pour exorciser un pessimisme, une angoisse existentielle, mais paradoxalement pour exprimer leur                               , leur générosité, leur énergie débordante
pour être véritablement heureux, il faut avoir la capacité d'accueillir en soi la vie dans toute son intensité – et donc également dans sa cruauté, son                   
cette idée sera notamment au coeur du                         
et également du Gai Savoir
Nietzsche reprend la notion stoïcienne d'amor         
l'acceptation active de son destin, de confrontation avec la vie ici et maintenant
voir la souffrance derrière la joie ou la joie derrière la souffrance
« J'ai un don pour renverser les perspectives. Je suis passé maître en la                             . »
Nietzsche s'intéresse ici à la                        des Grecs
comment ils réagissent face à la souffrance
quelle                                  ils ont développée pour y faire face
pour Nietzsche, les processus psychiques sont une partie intégrante de notre                   , de notre corps
il n'y a pas l'âme, les états d'âme, la psychè d'un côté, et le corps, les organes de l'autre
tout est imbriqué
le mot physiologie
l'étude du fonctionnement de notre organisme
il y a une relation de                                                    entre psychologie et physiologie
le          et Dionysos
une synthèse d'un dieu et d'un bouc dans le             
quelle expérience personnelle, quelle impulsion irrésistible amenèrent le Grec à représenter par un satyre l'homme primitif, dionysiaque et fantasque ?
la tragédie c'est la fête du bouc
« tragos » : le bouc – c'est l'                                   la plus généralement acceptée
les Athéniens auraient repris un rite religieux venant d'Asie               , qui consistait dans le sacrifice d'un bouc en l'honneur de Dionysos
dans la mythologie grecque, le bouc est l'animal associé au dieu Dionysos
c'est le dieu du vin, de la vigne, par extension des                         , de l'ivresse, des forces vitales, de la fertilité
le bouc incarne sous une forme animale cette               , cette fécondité
les fêtes religieuses en l'honneur de Dionysos, les Dionysies, ont lieu au début du printemps, saison du                   
a l'origine, durant ces fêtes, on sacrifie un bouc, et un choeur chante le « dithyrambe » autour de l'autel où est immolé l'animal
à partir de 530 av. J.-C. étaitait les premiers concours de tragédie ont lieu à Athènes
Nietzsche écrira à la fin de sa vie lucide, en 1888, une série de poèmes, neuf chants, en l'honneur de Dionysos, intitulés, Dithyrambes de Dionysos
ces Grecs étaient animés d'une vitalité sans entrave, assumaient pleinement leur part naturelle, animale, organique, pulsionnelle
ils considéraient la vie comme un processus irréversible de création et de                       
ils prenaient un vrai                à participer de ce processus, à se sentir porteurs de ces tensions entre joie et souffrance, vie et mort

Flashcards:

his hopes for a revival of German culture
ses espoirs d'un renouveau de la culture allemande
the common thread of the work brings up the question
le fil conducteur de l'ouvrage tient en une question
where would the opposite need come from
d'où proviendrait alors le besoin opposé
sincere and bitter will
sincère et âpre volonté
cruelty
cruauté
their overflowing energy
leur énergie débordante
deep distress
profonde détresse
But I would like to make three comments beforehand
Mais je souhaiterais au préalable faire trois remarques
how they react to suffering
comment ils réagissent face à la souffrance
in order to cope
pour y faire face
It's all intertwined
Tout est imbriqué
a neurosis
une névrose
these clarifications
ces éclaircissements
led the Greek to represent
amenèrent le Grec à représenter

Ideas and Concepts:

La formule du bonheur de Nietzsche, via la classe de ce soir Introduction à la philosophie de Friedrich Nietzsche: "Pour être véritablement heureux, il faut avoir la capacité d'accueillir en soi la vie dans toute son intensité - et donc également dans sa cruauté , son injustice."

Enhanced Transcription:

Entrons enfin dans l'ouvrage de Nietzsche.

La Naissance de la tragédie se compose de 3 parties : - dans la première partie : Nietzsche développe son hypothèse sur l'origine de la tragédie.

Dans la seconde partie : il expose ses idées sur le déclin du genre tragique.

Dans la troisième partie : il fait le parallèle entre la tragédie grecque et le drame musical de Wagner et exprime ses espoirs d'un renouveau de la culture allemande (his hopes for a revival of German culture).

L'unité ou le fil conducteur de l'ouvrage tient en une question (the common thread of the work brings up the question) que pose Nietzsche et à laquelle il tente d'apporter une réponse.

Cette question est la suivante : Pourquoi un peuple aussi joyeux que le peuple grec a-t-il inventé le genre tragique ?

C'est là un paradoxe que Nietzsche veut élucider.

Regardons comment Nietzsche pose ce paradoxe.

Voici un extrait qui se trouve dans la seconde préface de l'ouvrage, un peu obscur à la première lecture, mais nous allons l'expliquer ensemble : « Une question essentielle, c'est le rapport du Grec à la souffrance, son degré de sensibilité, - est-ce que ce rapport est resté le même (did this report stay the same?) ?

Ou bien s'est-il inversé ? - cette question de savoir si son besoin toujours plus fort de beauté, de fêtes, de réjouissances, de nouveaux cultes n'a pas au fond son origine dans le manque, la privation, la mélancolie, la souffrance ?

Et si cette hypothèse est juste : d'où proviendrait alors le besoin opposé (where would the opposite need come from), antérieur historiquement, le besoin de l'horrible, la sincère et âpre volonté (sincere and bitter will) que les premiers Hellènes portaient vers le pessimisme, le mythe tragique, la peinture de tout ce qu'il y a de terreur (the painting of all that there is in terror), de cruauté (cruelty), de mystère, de néant, de fatalité au fond des choses de la vie, - d'où devrait alors provenir la tragédie ?

Peut-être de la joie, de la force, d'une santé exubérante, d'une pleine surabondance ? »

Dans cet extrait, Nietzsche met en vis-à-vis les Grecs classiques (c'est-à-dire la Grèce de Périclès, de l'Athènes du Ve siècle avant J.-C.) et ceux qu'il appelle les « premiers Hellènes » : expression un peu vague qui désigne les Grecs d'avant le Ve siècle : disons les Grecs de l'époque archaïque.

Il les compare : sur quelle base ? - d'après la manière qu'ils ont de confronter joie et souffrance.

La joie et la souffrance sont en effet deux expériences fondamentales dont Nietzsche essaie de comprendre l'articulation à chacune des époques évoquées.

Sa thèse est la suivante : Les Grecs classiques, pour supporter la dureté et la cruauté des guerres, ont institué de nombreuses réjouissances publiques : des jeux, des fêtes qui ont lieu toute l'année.

Inversement, les Grecs archaïques ont inventé la tragédie non pas pour exorciser un pessimisme, une angoisse existentielle, mais paradoxalement pour exprimer leur vitalité, leur générosité, leur énergie débordante (their overflowing energy).

Nietzsche suggère donc un rapport de symétrie : chez les uns, les Grecs classiques, le désir de joie se nourrit d'une profonde détresse (deep distress) ; chez les autres, les Grecs archaïques, ce qu'il appelle le « besoin de l'horrible » (qui se manifeste notamment dans les tragédies - pensons à la malédiction des Atrides, au mythe d'Œdipe, au mythe de Médée, etc.) ce besoin est porté par une santé exubérante.

C'est une hypothèse assez étonnante que nous allons examiner.

Mais je souhaiterais au préalable faire trois remarques (But I would like to make three comments beforehand).

1) D'abord, Nietzsche avance ici une idée que l'on va retrouver à travers toute son œuvre.

C'est l'idée que joie et souffrance sont indissociables : les deux faces d'une même médaille.

C'est une idée à la fois très simple et assez subtile : pour être véritablement heureux, il faut avoir la capacité d'accueillir en soi la vie dans toute son intensité – et donc également dans sa cruauté, son injustice.

Cette idée sera notamment au cœur du Zarathoustra et également du Gai Savoir où Nietzsche reprend la notion stoïcienne d'amor fati (« amour du destin »), mais en la tirant non pas vers une forme de fatalité et de résignation, mais vers l'acceptation active de son destin, de confrontation avec la vie ici et maintenant.

2) Deuxième remarque : Voir la souffrance derrière la joie ou la joie derrière la souffrance : c'est typiquement le geste du généalogiste, que Nietzsche inaugure ici, dans La Naissance de la tragédie, et qu'il va répéter dans tous ses ouvrages.

Il s'agit d'inverser ce qui apparaissait, au premier regard, comme l'ordre évident, naturel des choses.

Et faire apparaître ce qui est en réalité premier (And make appear what is really first).

Dans Ecce Homo, Nietzsche écrira : « J'ai un don pour renverser les perspectives. Je suis passé maître en la matière. »

Enfin, troisième remarque : Nietzsche s'intéresse ici en fait à la psychologie des Grecs, comment ils réagissent face à la souffrance (how they react to suffering), quelle mentalité ils ont développée pour y faire face (in order to cope) ?

Et pour Nietzsche, les processus psychiques sont une partie intégrante de notre organisme, de notre corps, il n'y a pas l'âme, les états d'âme, la psychè d'un côté, et le corps, les organes de l'autre.

Tout est imbriqué (It's all intertwined).

Et c'est là que Nietzsche utilise un deuxième mot, à côté du mot psychologie, c'est le mot physiologie.

La physiologie est précisément l'étude du fonctionnement de notre organisme.

Ainsi, pour Nietzsche, il y a une relation de réciprocité entre psychologie et physiologie : non seulement notre vie organique, notre organisation pulsionnelle (impulse, drive), l'influence de l'environnement sur notre corps, tous ces éléments matériels, déterminent notre psychologie, mais également, en retour, la psychologie, la mentalité que nous avons acquise, détermine notre physiologie, c'est-à-dire nous fait ressentir d'une certaine façon, nous fait habiter notre corps d'une certaine façon.

C'est de ce double point de vue que Nietzsche analyse la culture grecque, et c'est de ce double point de vue qu'il analysera tous les phénomènes culturels dans ses œuvres ultérieures.

Je reprends le texte (chapitre IV).

Nietzsche poursuit son questionnement et se demande comment interpréter certains motifs pour le moins excentriques, déconcertants (disconcerting aspects) de la culture grecque, « Et quelle signification prend alors, d'un point de vue physiologique, ce délire (that delirium) particulier qui fut la source de l'art tragique comme de l'art comique, le délire dionysiaque ? Comment ?

Le délire ne serait-il peut-être pas nécessairement le symptôme de la dégénérescence, de la décadence, d'une culture déliquescente ? Y aurait-il peut-être une névrose (a neurosis) de la santé ? de la jeunesse des peuples, de leur adolescence ?

Que nous indique cette synthèse d'un dieu et d'un bouc (goat) dans le satyre ?

Quelle expérience personnelle, quelle impulsion irrésistible amenèrent le Grec (brought the Greek) à représenter par un satyre l'homme primitif, dionysiaque et fantasque ? »

Le texte est peut-être un peu cryptique et demande quelques éclaircissements historiques.

Vous savez probablement qu'à l'origine, la tragédie c'est la fête du bouc.

Et d'ailleurs le mot « tragédie », « tragodia » en grec ancien, viendrait de « tragos » : le bouc – c'est l'étymologie la plus généralement acceptée.

Les Athéniens auraient repris un rite (resumed a rite) religieux venant d'Asie Mineure, qui consistait dans le sacrifice d'un bouc en l'honneur de Dionysos.

Et de fait, dans la mythologie grecque, le bouc est l'animal associé au dieu Dionysos.

Dionysos est à l'origine une divinité orientale, présentée comme un dieu errant, vagabond (ce qui plaît à Nietzsche !), qui surgit de façon imprévisible (unpredictable).

Il apparaît souvent accompagné d'un cortège (procession) (le thiase) formé de satyres (mi-hommes, mi-animaux, chevaux ou bouquetins), et de ménades (femmes prises de délires (delusional women)).

C'est le dieu du vin, de la vigne (wine), par extension des excès, de l'ivresse (drunkeness), des forces vitales, de la fertilité.

Le bouc incarne sous une forme animale cette vigueur, cette fécondité.

Les fêtes religieuses en l'honneur de Dionysos, les Dionysies, ont lieu au début du printemps, saison du renouveau.

A l'origine, durant ces fêtes, on sacrifie un bouc, et un chœur chante le « dithyrambe » autour de l'autel (the alter) où est immolé l'animal.

Petit à petit, ce dithyrambe s'est étoffé et a pris la forme d'histoires (has developed into stories), chantées par le chœur : ce sont devenues de véritables représentations théâtrales – les tragédies.

C'est, semble-t-il, à partir de 530 av. J.-C. que les premiers concours de tragédie ont lieu à Athènes.

Concours, parce que les auteurs doivent en effet se mesurer les uns aux autres, durant plusieurs jours, lors des Dionysies, et donner 4 pièces : 3 tragédies et un drame satyrique.

Petite parenthèse, parlant de dithyrambe : Nietzsche, qui voue un véritable culte à Dionysos, écrira à la fin de sa vie lucide, en 1888, une série de poèmes, neuf chants, en l'honneur de Dionysos, intitulés, Dithyrambes de Dionysos.

Après ces éclaircissements (these clarifications), revenons au texte de Nietzsche et précisément aux questions qu'il pose : « Que nous indique, demande Nietzsche, cette synthèse d'un dieu et d'un bouc dans le satyre ?

Quelle expérience personnelle, quelle impulsion irrésistible amenèrent le Grec à représenter (led the Greek to represent) par un satyre l'homme primitif, dionysiaque et fantasque ? »

Nietzsche prend au sérieux un motif mythologique à première vue extravagant, mais qui possède une signification.

Et il cherche cette signification dans les ressorts psychologiques et physiologiques des Grecs : il se demande quelle conception de la vie et quel type mental les Grecs devaient posséder pour organiser de tels rites, pour honorer un bouc, pour imaginer des êtres hybrides, mi-humains, mi-animaux.

Et sa réponse, on l'a déjà suggéré, c'est que ces Grecs étaient animés d'une vitalité sans entrave (unimpeded vitality), assumaient pleinement leur part naturelle, animale, organique, pulsionnelle, considéraient la vie comme un processus irréversible de création et de destruction, et prenaient un vrai plaisir à participer de ce processus, à se sentir porteurs de ces tensions entre joie et souffrance, vie et mort.

La vie de Nietzsche jusqu'à Bâle
Les années bâloises : 1869-1879
Pourquoi un peuple si joyeux a-t-il inventé la tragédie ?